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Des ouvriers lissent une dalle de béton frais
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Joint de dilatation dans une dalle béton : où le placer

Par · 1 novembre 2026 · 10 min de lecture

Dans une dalle de béton, le joint de dilatation traverse toute l’épaisseur et laisse l’ouvrage travailler avec la température. On le prévoit au plus tard tous les 30 m dans les deux directions, avec au moins 20 mm de large, selon le DTU 13.3. Il se distingue du joint de retrait, scié sur un tiers de l’épaisseur tous les 5 m, et du joint d’isolement posé contre poteaux, murs et regards.

Une dalle de béton bouge : elle se contracte en séchant, puis s’allonge et se raccourcit avec les saisons. Le joint de dilatation est la fente qui absorbe ce mouvement sans que le béton ne fissure à un endroit imprévu. Voici où le placer, de quelle largeur, à quelle distance, et comment le remplir pour qu’il dure.

Quatre joints, quatre rôles dans une dalle

Sur un chantier, le mot « joint » recouvre quatre dispositifs qu’il faut distinguer avant de lire un plan. Les confondre produit des dalles découpées pour rien, ou des dalles bridées qui fissurent.

Joint Rôle Repère courant
Dilatation Laisse le béton se dilater et se contracter selon les saisons Traverse toute l’épaisseur, 20 mm de large au moins
Retrait (fractionnement) Fait fissurer le béton à un endroit choisi 5 m au plus, panneaux d’environ 25 m², scié sur 1/3 de l’épaisseur au plus
Isolement (désolidarisation) Sépare la dalle des poteaux, regards, seuils et murs Bande compressible posée avant coulage
Construction (arrêt de coulage) Sépare deux bétons coulés à des âges différents Au droit de la reprise de bétonnage
Les quatre familles de joints d’un dallage, d’après l’association Tout sur le béton.

Le joint de dilatation est le seul des quatre à couper la dalle sur toute son épaisseur. Les trois autres la laissent continue en partie basse ou la raccordent à un élément voisin.

Quand faut-il un joint de dilatation ?

Dès qu’une dalle ou un mur dépasse environ 30 m de longueur. Pour une maison individuelle, un joint de dilatation n’est en général pas nécessaire ; il le devient sur les grandes structures : bâtiments, trottoirs, voiries, esplanades et parkings.

Trois situations d’opération le déclenchent même sur une petite surface :

  • deux bâtiments mitoyens, séparés par un espace d’environ 4 cm entre les deux constructions ;
  • un changement de section ou un angle rentrant, point de fissuration privilégié ;
  • une dalle qui touche un élément fixe comme un poteau, une longrine ou un voile, que l’on traite alors par un joint d’isolement.

Pour un voile porteur banché, le principe est le même : voir notre article sur la banche de coffrage. Le découpage en tronçons se décide dès l’étude, au même titre que le phasage décrit dans la note de calcul de structure.

Calculer le mouvement d’une dalle en quelques lignes

Le coefficient de dilatation du béton est de 10⁻⁵ par degré, soit 0,01 mm par mètre et par degré. Une dalle de 30 m qui subit un écart de 40 °C s’allonge donc de 0,01 x 30 x 40, soit 12 mm. C’est une valeur d’ordre de grandeur, qui explique pourquoi un joint d’au moins 20 mm suffit pour une dalle de cette longueur.

Le calcul se fait selon le DTU 13.3 pour les dallages. Pour un mur maçonné, la distance maximale entre joints va de 20 à 50 m selon les régions, d’après le DTU 20.1. Sur une opération, ce dimensionnement relève du bureau d’études, pas du carreleur ni du coffreur.

Allongement d’une dalle de béton selon sa longueur pour un écart de 40 °C
Allongement d’une dalle de béton pour un écart de température de 40 °C, avec 0,01 mm par mètre et par degré.

Quelles valeurs retenir : espacement, largeur, profondeur ?

Les sources techniques ne donnent pas toutes les mêmes chiffres, surtout pour les joints de retrait. Le tableau rassemble ce qui revient le plus souvent, avec l’écart entre auteurs.

Valeur Ce que disent les sources
Espacement des joints de dilatation 30 m au plus dans les deux directions (DTU 13.3)
Largeur du joint de dilatation 20 mm au moins sur toute l’épaisseur
Espacement des joints de retrait 5 m au plus, soit 25 m² ; jusqu’à 6 m pour 25 à 36 m² en dallage de 15 à 18 cm
Profondeur de sciage du retrait 1/3 de l’épaisseur au plus ; 1/4 à 1/3 selon d’autres sources
Délai de sciage Entre 6 h et 48 h après coulage selon le béton et le climat : tester sur place
Valeurs relevées dans la documentation de l’association Tout sur le béton et chez des spécialistes de joints, avec leurs écarts.

Cette divergence a une conséquence pratique. Le chiffre qui engage est celui du cahier des charges de l’opération, pas celui d’un site. Le délai de sciage se règle sur un essai : aucun grain ne doit se détacher et le disque ne doit pas faire éclater les bords.

Poser le joint avant ou après le coulage

Le joint de dilatation se prépare avant le coulage. On crée une réservation, par exemple avec une bande de polystyrène, ou une règle PVC fixée sur le support avant de couler. Faute de réservation, on peut aussi découper le béton durci à la disqueuse ou à la scie à sols. C’est une reprise de dernier recours, pas un plan.

Côté matériel, un profilé PVC posé avant coulage convient aux dalles courantes, tandis que les dalles industrielles recourent plutôt à des profilés métalliques, plus rigides. Le choix se fait dans le marché, pas au dernier moment sur la dalle.

Pour un joint de retrait, deux méthodes coexistent. Le sciage sur 1/3 de la profondeur au plus, ou un profilé PVC posé sur le film polyane avant coulage. Dans les deux cas, on coupe le béton, jamais le treillis soudé : sur un chantier mal maîtrisé, le ferraillage mal calé remonte et se fait scier avec le béton.

  1. Reporter les joints sur le plan de calepinage, en les recoupant au droit des angles rentrants et des changements de section.
  2. Poser les réservations ou profilés avant le coulage, calés sur le ferraillage.
  3. Couler et talocher en suivant les repères, puis scier les retraits dès que le béton le permet.
  4. Attendre le séchage avant de garnir : support propre et sec, hors gel.
  5. Remplir au mastic sur un fond de joint, puis contrôler les pentes d’évacuation de l’eau.

Garnir le joint sans le faire déchirer

Le garnissage protège le joint des gravillons, de l’eau et du gel. Au-dessus d’une mousse de polyéthylène à cellules fermées, qui sert de fond de joint, on coule un mastic souple. Le polyuréthane de classe 25 (NF EN ISO 11600) est le choix par défaut, le polysulfure convient aux zones d’hydrocarbures et le silicone neutre aux joints périphériques peu sollicités.

Sans fond de joint, le mastic colle sur trois faces et se déchire au premier mouvement. La hauteur de mastic vaut environ la moitié de la largeur, en forme de sablier. Le silicone acide est à proscrire sur béton, car il attaque le ciment. Un polyuréthane bien posé sur un fond de joint travaille plusieurs années avant d’être refait.

Sous un carrelage ou une chape, que devient le joint ?

Le joint remonte jusqu’au revêtement. Sous carrelage, on le fait suivre par un profilé aluminium d’environ 20 mm de large. Un revêtement collé qui passe au-dessus d’un joint de dilatation risque de fissurer au droit du joint.

L’ordre des corps d’état compte ici. Le gros œuvre pose le joint, le carreleur le reprend dans son calepinage : la répartition des lots est expliquée dans notre article sur le gros œuvre et le second œuvre. Les règles d’exécution relèvent des DTU.

Qui décide du plan de joints, et qui le contrôle ?

Le plan de joints est un document d’étude, pas un détail d’exécution. Le bureau d’études fixe les longueurs entre joints de dilatation, l’entreprise de gros œuvre en déduit son calepinage de retraits, et le maître d’œuvre le fait viser avant le coulage. Les pièces du marché, dont le bordereau décrit dans notre article sur le bordereau de prix BTP, doivent chiffrer les réservations, le fond de joint et le mastic.

Le contrôle se fait en deux temps. Avant le coulage, on vérifie la présence des réservations et des profilés, leur calage et leur alignement avec le plan. Après le coulage, on contrôle le sciage, la propreté des fentes avant garnissage et la pente d’écoulement de l’eau. Le phasage des coulages se fixe aussi à ce stade, avec le plan d’installation de chantier : une reprise de bétonnage non prévue crée un joint de construction improvisé.

Les erreurs qui reviennent en réception

  • Un sciage trop tardif des retraits : la fissure se forme ailleurs.
  • Aucun fond de joint : le mastic se déchire.
  • Silicone acide sur béton.
  • Pas de joint dans les angles rentrants.
  • Un espacement improvisé sans plan de calepinage.
  • Un garnissage posé sur un béton humide ou gelé.

Ces défauts se repèrent lors du PV de réception et se traitent ensuite par une levée de réserves. Refaire un joint après coup coûte plus cher que de le prévoir au plan.

Questions fréquentes

Quelle est la différence entre joint de dilatation et joint de retrait ?

Le joint de dilatation traverse toute l’épaisseur et laisse la dalle s’allonger avec la chaleur. Le joint de retrait est scié sur un tiers de l’épaisseur au plus et guide la fissure due au séchage, tous les 5 m environ.

Tous les combien de mètres prévoir un joint de dilatation ?

Au plus tous les 30 m dans les deux directions pour une dalle, selon le DTU 13.3. Le chiffre exact figure au cahier des charges de l’opération.

Un joint de dilatation est-il obligatoire dans une dalle de maison ?

En général non pour une maison individuelle. Il s’impose sur les grandes surfaces et dès qu’une dalle dépasse environ 30 m, ou quand deux bâtiments sont mitoyens.

Peut-on faire un joint de dilatation après le coulage ?

On peut découper le béton durci à la disqueuse ou à la scie à sols. Mieux vaut le prévoir avant le coulage, avec une réservation, par exemple une bande de polystyrène.

Quel produit utiliser pour remplir le joint ?

Un mastic polyuréthane souple sur un fond de joint en mousse de polyéthylène. Évitez le silicone acide, qui attaque le béton, et attendez un support propre et sec.

Faut-il un joint sous un carrelage ?

Oui, le joint doit remonter jusqu’au revêtement. Sous carrelage, on le suit avec un profilé d’environ 20 mm de large, pour que le carrelage ne fissure pas au droit du joint.

Avant le coulage, demandez au bureau d’études le plan de joints de la dalle et reportez-le sur le planning de chantier. Vérifiez que les réservations, le fond de joint et le mastic figurent au marché. Un joint prévu coûte quelques mètres de profilé, un joint oublié coûte une reprise.

Source : Le joint de dilatation pour béton, Tout sur le béton, relevé le 1er novembre 2026.
Portrait de Sylvain Chomarat
Conducteur de travaux puis maître d'œuvre

Quinze ans de réunions de chantier dans la métropole de Lyon. Ce carnet reprend ce que je répète à chaque opération.

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Publié le 1 novembre 2026 · dernière vérification le 1 novembre 2026.