Un plan d’installation de chantier répond à une question simple : où va chaque chose, et par où passe chaque flux, entre le premier terrassement et la réception. Bien fait, il évite les grues qui se croisent, les bungalows sous la flèche et les camions qui n’ont nulle part où tourner. Voici ce qu’il doit contenir, avec les chiffres réglementaires de la base vie, et comment le valider.
Qui établit le plan d’installation de chantier, et à quoi sert-il ?
Le PIC est généralement établi par l’entreprise de gros œuvre. Le lot chargé de sa conception est désigné dans les pièces écrites du dossier de consultation des entreprises. C’est un document graphique, souvent complété de coupes et d’élévations, qui montre l’organisation physique du site pendant toute la durée des travaux.
Il sert à trois choses. Sécuriser les circulations et le levage, d’abord. Chiffrer les frais de chantier de façon crédible dans l’offre de prix, ensuite. Servir enfin de support de discussion entre toutes les entreprises : livraisons, phasage, emplacement des stockages. Pour la place de ces dépenses dans un prix, la méthode du déboursé sec en gros œuvre montre où ranger les frais de chantier.
Il ne se confond pas avec le plan d’implantation, qui sert à positionner les ouvrages sur le terrain, ni avec le planning, qui dit quand. Le PIC dit où, et par où.
Un document qui vit en trois phases
Le PIC n’est pas dessiné une fois pour toutes. Il évolue avec l’avancement du dossier, et son niveau de détail change à chaque étape.
| Phase | Qui l’établit | À quoi il sert |
|---|---|---|
| Consultation (DCE) | Parfois la maîtrise d’œuvre, en version prévisionnelle | Guider les entreprises qui remettent leur prix et signaler les contraintes du site |
| Étude de prix | L’entreprise, souvent via son service méthodes | Fiabiliser les frais de chantier de l’offre et défendre la qualité technique du mémoire |
| Exécution (EXE) | L’entreprise désignée, pendant la période de préparation du marché | Finaliser le plan, installer le chantier et coordonner les entreprises |
Retenez qu’un PIC fait en phase de prix n’est qu’une hypothèse. Dès que le marché est notifié, il se valide à nouveau sur le terrain, avec les distributeurs de réseaux et le coordonnateur sécurité.
Dans quel ordre dessiner le plan ?
Un PIC se construit couche par couche. Commencer par le décor puis ajouter les contraintes évite de refaire le dessin à chaque correction.
- Poser le fond de plan : terrain actuel et ouvrage à construire.
- Tracer la clôture et placer les accès.
- Implanter la grue, avec ses courbes de capacité et ses zones de survol.
- Placer la base vie hors du survol, près de l’entrée, avec ses raccordements.
- Dessiner les cheminements piétons, puis les circulations d’engins.
- Réserver les aires de stockage et les zones de déchets.
On peut le dessiner avec un logiciel généraliste de DAO comme AutoCAD ou l’un de ses équivalents, mais il existe aussi des logiciels spécialisés dans le plan d’installation de chantier. Complétez toujours par une élévation générale et des coupes aux endroits où grue et bâtiments se croisent.
Le fond de plan : point de départ du dessin
Le fond de plan est établi par le service méthodes. Il superpose deux représentations : le terrain actuel, issu du plan topographique avec ses reliefs et ses altitudes, et l’ouvrage à construire, issu du plan de masse. Tout le reste s’y dessine.
Un mauvais fond de plan fausse l’ensemble. Une altitude erronée à l’entrée du chantier change la pente d’une rampe, donc le choix de l’engin et du revêtement. Contrôlez la date du relevé topographique avant de dessiner la moindre installation.

Clôtures et accès au chantier
Un chantier se ferme au public. Le plan doit donc représenter les clôtures et préciser leur type, grillagé ou bacs en acier, leur hauteur et les moyens d’accès : portails pour les engins, portillons pour les piétons.
À Lyon comme ailleurs en zone dense, la clôture longe souvent le trottoir ou la chaussée. Si l’emprise déborde du terrain, elle suppose une autorisation de la collectivité gestionnaire de la voirie. Pour l’affichage réglementaire qui accompagne l’autorisation d’urbanisme, lisez comment afficher le panneau à Lyon.
Grue et moyens de levage
La grue est l’organe vital d’un chantier de construction : elle figure sur le PIC quel que soit son type, à montage automatisé, à montage par éléments ou mobile. Le plan indique sa longueur de flèche, la hauteur du mât, son implantation en X, Y et Z, la marque et le modèle, le type d’embase et de fût, le tableau et les courbes des capacités de levage, souvent par pas de 5 mètres.
L’interface avec l’environnement doit être très lisible. Tout obstacle voisin, bâtiment, arbre, autre grue, se représente en plan et en élévation. Les mesures retenues pour la giration en sécurité figurent aussi sur le document : zone de survol en charge interdit, zones d’interférence entre grues. Le coordonnateur SPS surveille de près cet outil de travail et son intégration dans l’environnement proche.
N’oubliez pas le montage et le démontage. L’emprise d’une grue mobile venue démonter une grue à tour doit apparaître sur le plan, sinon elle se découvre le jour même.
Que doit contenir la base vie ?
Tout chef d’entreprise employant au moins un salarié doit mettre à disposition de son personnel des bases vie et des installations d’hygiène adaptées. Le type et le nombre dépendent de la durée du chantier, du nombre d’opérateurs et des contraintes du site. Le plan doit prévoir leur place et leur raccordement.
| Installation | Règle de base |
|---|---|
| WC | 1 cabinet et 1 urinoir pour 20 hommes, 2 cabinets pour 20 femmes |
| Lavabos | 1 lavabo à température réglable pour 10 travailleurs maximum |
| Vestiaires | Local dédié, éclairé, chauffé en saison froide, aéré, nettoyé au moins une fois par jour, séparé si le personnel est mixte |
| Restauration | Tables et sièges en nombre suffisant, 1 robinet d’eau potable pour 10 usagers, conservation des aliments et moyen de réchauffer les plats |
| Douches | Obligatoires pour les travaux insalubres ou salissants listés par l’arrêté du 23 juillet 1947 |
Pour les chantiers de moins de 4 mois, des aménagements existent : un véhicule de chantier aménagé peut remplacer certaines installations fixes quand la configuration l’impose. Les WC secs sans chasse d’eau ne sont conformes que sur dispense de l’inspection du travail.
Le coût de fonctionnement de ces installations ne se répartit pas au hasard : il entre au compte prorata de chantier. Placez la base vie hors de la zone de survol de la grue, près de l’entrée, et abritez les circulations entre les modules.

Les réseaux de chantier : d’où vient l’eau, l’électricité
La base vie doit au minimum être raccordée en eaux usées, en eau potable, en électricité et en téléphonie. Le plan précise l’origine supposée de ces raccordements. En phase de prix, on visite le terrain pour repérer les points de raccordement, et les services techniques de la commune peuvent donner des informations utiles.
En exécution, après la déclaration d’intention de commencement de travaux, le distributeur fournit la position exacte des réseaux. Seul lui est habilité à indiquer où le chantier doit se raccorder : sollicitez-le le plus tôt possible.
Circulations des piétons et des engins
Les cheminements piétons se matérialisent sur le plan. Pendant toute la construction, ils doivent relier la base vie à la zone de travail, à la grue, au stationnement des véhicules personnels, mais aussi la zone de travail à la centrale à béton et aux stockages. Ils restent dégagés, propres et sécurisés contre les chutes de hauteur et de plain-pied, avec des escaliers de chantier quand la pente l’exige.
Les circulations des véhicules de chantier apparaissent aussi sur le PIC. Elles respectent le code de la route pour l’accès, les gabarits et épures de giration des engins, et la sécurité des piétons. Tout croisement des deux flux se traite avec des mesures nettes : passage piéton, feux tricolores, signaleur.
- Un sens de circulation unique pour les camions, quand le terrain le permet.
- Une aire de retournement dessinée à l’échelle de l’engin le plus long.
- Une zone de livraison hors du survol de la grue.
- Un nettoyage des roues avant la sortie sur la voie publique.
Stockage, déchets et environnement
Les aires de stockage figurent sur le plan avec le type de matériel ou de matériau, la surface disponible et les mesures de protection de l’environnement : géotextile, surface bétonnée. Un chantier de gros œuvre prévoit des aires pour les treillis soudés, les aciers façonnés, les coffrages verticaux et horizontaux, et pour les corps d’état qui incorporent leurs ouvrages.
La gestion des déchets, la limitation des nuisances sonores et visuelles et l’impact sur la circulation environnante entrent de plus en plus dans le PIC. Les zones de bennes se dessinent à proximité d’un accès, jamais sous la flèche de la grue.
Le PIC dialogue avec les autres pièces du marché. Il se lit avec le découpage en lots de gros œuvre et de second œuvre et avec les DTU qui encadrent les travaux.
Ce qui change d’une phase de travaux à l’autre
Le besoin de place suit le type de travaux. Un plan valable pour le terrassement ne l’est plus pour le second œuvre.
| Étape du chantier | Ce qui pèse sur le plan |
|---|---|
| Terrassement | Rotations de camions, rampes d’accès, évacuation des terres, protection des réseaux enterrés |
| Gros œuvre | Grue, aires de coffrages et d’aciers, centrale à béton, livraisons de béton |
| Second œuvre | Stockage à l’abri, monte-matériaux, bennes par lot, cheminements intérieurs |
| Finitions et réception | Démontage de la grue, repli de la base vie, remise en état des abords |
Afficher le PIC et le tenir à jour
Un plan rangé dans un classeur ne sert à personne. L’OPPBTP décrit un PIC posé à l’entrée du chantier sur un support aimanté : des pastilles représentent les zones de stockage et surtout les cheminements piétons, et on les déplace pour informer les compagnons d’une modification.
Le retour d’expérience cité par l’organisme est parlant : cheminements et stockages changent souvent, ce qui impose de modifier le PIC en moyenne une fois par semaine. Le panneau était placé à la sortie de la base vie, à l’entrée principale, à la vue de tous, et la modification était rappelée à chaque quart d’heure sécurité.
Cinq erreurs qui reviennent sur les plans
- Oublier l’emprise de montage et de démontage de la grue, alors qu’elle bloque une rue ou une aire de stockage.
- Poser la base vie sous la flèche, ou loin de l’entrée, avec des circulations non abritées.
- Supposer un raccordement de réseau sans l’avoir confirmé auprès du distributeur.
- Laisser piétons et camions se croiser sans passage protégé ni feu.
- Ne jamais redessiner le plan après le gros œuvre, alors que le second œuvre change les besoins de stockage et d’accès.
Un chantier en ville : ce que Lyon change
En métropole dense, l’emprise du chantier est rarement celle du terrain. Les livraisons se font sur voirie, les riverains sont à quelques mètres, et le plan de masse est souvent contraint par un secteur protégé. Le PIC devient alors un outil de dialogue avec la mairie et les voisins autant qu’avec les entreprises.
Avant de dessiner, relisez les prescriptions de l’autorisation d’urbanisme. Le permis de construire à Lyon rappelle le rôle du PLU-H et de l’architecte des Bâtiments de France, qui peuvent imposer des contraintes d’emprise ou d’aspect des clôtures.
La check-list avant de valider un PIC
Le plan d’installation de chantier est un document très engageant : un oubli se paie en surcoût ou en arrêt de chantier. Cochez ces points avant de le diffuser.
| Point à vérifier | Question à poser |
|---|---|
| Fond de plan | Le relevé topographique est-il à jour et le plan de masse à la bonne version ? |
| Clôtures et accès | Type, hauteur, portails et portillons sont-ils cotés ? |
| Levage | Les obstacles voisins, les zones d’interférence et l’emprise de montage sont-ils dessinés ? |
| Base vie | Les nombres de WC, lavabos et places de réfectoire correspondent-ils à l’effectif maximal ? |
| Réseaux | Les raccordements ont-ils été confirmés par les distributeurs ? |
| Flux | Piétons et engins se croisent-ils sans mesure de sécurité ? |
| Stockage | Chaque aire a-t-elle son usage, sa surface et sa protection ? |
| Évolutions | Le plan est-il redessiné à chaque changement de phase ? |
Qui doit réaliser le plan d’installation de chantier ?
L’entreprise de gros œuvre, en général. Le lot chargé de sa conception est désigné dans les pièces écrites du DCE. En phase de consultation, la maîtrise d’œuvre en fournit souvent une version prévisionnelle.
Le PIC est-il obligatoire ?
Il est prévu par les pièces du marché et réclamé en pratique par les maîtres d’ouvrage, car il conditionne la sécurité, l’organisation et le chiffrage des frais de chantier. Son contenu exact dépend du marché et du site.
Que contient un plan d’installation de chantier ?
Un fond de plan, les clôtures et accès, la grue, la base vie, les réseaux, les circulations des piétons et des engins, les stockages et la gestion des déchets. Les coupes et élévations complètent le plan.
Combien de WC faut-il sur un chantier ?
Un cabinet et un urinoir pour 20 hommes, et deux cabinets pour 20 femmes. Les toilettes sont séparées si le personnel est mixte et équipées d’une chasse d’eau.
Où placer la base vie ?
Près de l’entrée, hors de la zone de survol de la grue, avec des circulations abritées entre les modules. Les raccordements en eau, électricité et eaux usées doivent être prévus sur le plan.
Quand faut-il mettre à jour le PIC ?
À chaque changement de phase ou d’organisation : arrivée d’une grue, bascule du gros œuvre vers le second œuvre, déplacement de la base vie. Rediffusez la nouvelle version à toutes les entreprises.
Commencez par le fond de plan et la grue, car tout le reste s’organise autour. Faites ensuite relire le plan par le coordonnateur sécurité, puis rediffusez-le dès qu’une phase change. Et pour la clôture de l’opération, le PV de réception de chantier prend le relais.
OPPBTP, « Bases vie et installations d’hygiène sur les chantiers : les obligations de l’employeur », mis à jour le 7 octobre 2024.
