Un constructeur qui ouvre un chantier sans assurance décennale commet un délit : jusqu’à 6 mois d’emprisonnement et 75 000 € d’amende. La plainte se dépose dans un délai de 6 ans à partir de l’ouverture du chantier, après avoir vérifié l’attestation et mis l’entreprise en demeure. Elle sanctionne l’infraction mais ne finance pas les réparations, qui passent par une action civile ou la dommages-ouvrage.
Oui, on peut porter plainte contre un constructeur qui a travaillé sans assurance décennale, parce que ce défaut est une infraction pénale. Mais la plainte n’est qu’un des trois leviers, et le moins rentable pour récupérer de l’argent. Voici comment s’y prendre, dans quel ordre, et ce que chaque démarche obtient réellement.
Un défaut d’assurance, c’est un délit
Tout constructeur dont la responsabilité peut être engagée sur le fondement de la garantie décennale doit être assuré avant l’ouverture du chantier. Cette obligation vise les maçons, couvreurs, charpentiers, plombiers et électriciens, mais aussi les maîtres d’œuvre, les promoteurs et les entreprises générales, quelle que soit leur forme juridique : auto-entrepreneur compris.
Le Code des assurances sanctionne le manquement à l’article L243-3. Service Public Entreprendre résume la règle : tout constructeur qui ne souscrit pas de garantie décennale est puni de 6 mois d’emprisonnement, d’une amende de 75 000 €, ou des deux. Le principe de la garantie, lui, est détaillé dans notre page sur le fonctionnement de la garantie décennale.
| Conséquence | Nature | Ce qui est prévu |
|---|---|---|
| Emprisonnement | Pénale | Jusqu’à 6 mois |
| Amende | Pénale | Jusqu’à 75 000 € |
| Réparation des désordres sur fonds propres | Civile | À la charge du constructeur, sans assureur derrière lui |
| Faux document d’assurance | Pénale | Faux et usage de faux, article 441-1 du Code pénal |
Qui peut agir, et contre qui ?
Le maître d’ouvrage, propriétaire ou syndicat de copropriété, est le premier concerné. Le défaut d’assurance se constate avant tout désordre : il suffit d’un chantier ouvert sans attestation valable. Aucun dommage n’est nécessaire pour que l’infraction existe.
La plainte vise l’entreprise, et son dirigeant à titre personnel quand il a lui-même négligé de s’assurer. L’infraction ne s’applique pas à un particulier qui construit son propre logement pour l’occuper, ni à une personne publique.

Établir l’absence d’assurance avant d’agir
Une plainte repose sur des preuves. Avant tout courrier, le maître d’ouvrage vérifie que l’absence d’assurance est réelle et pas seulement une attestation introuvable.
- Relire l’attestation : sa période de validité, car un contrat décennal se renouvelle chaque année et un contrat expiré ne couvre rien.
- Contrôler l’activité déclarée : un peintre assuré pour la peinture n’est pas couvert pour le carrelage qu’il pose.
- Appeler l’assureur mentionné pour confirmer le contrat, la date et le SIRET de l’entreprise.
- Comparer le nom de l’entreprise sur l’attestation, le devis et la facture.
- Conserver devis, factures, messages et photos, qui prouvent la date d’ouverture du chantier.
Le détail des mentions à lire figure dans la page sur l’attestation d’assurance décennale. Présenter une attestation falsifiée aggrave la situation de l’entreprise : c’est un faux, puni séparément.
Quels désordres justifient d’agir ?
La garantie décennale vise les malfaçons graves : celles qui affectent la solidité de la structure ou rendent l’ouvrage impropre à son usage. Un défaut d’aspect ou une finition ratée n’entre pas dans ce cadre, et ne transforme pas l’absence d’assurance en dossier solide.
| Famille de désordres | Exemples typiques |
|---|---|
| Structure | Fissures dans les murs porteurs, fondations, affaissement d’un plancher |
| Toiture | Infiltrations, fuites, défaut majeur d’étanchéité, charpente qui s’affaisse |
| Façade et murs | Fissures profondes, infiltrations à travers les murs ou plafonds |
| Équipements indissociables | Chauffage central, plomberie, ventilation intégrés à l’ouvrage |
| Sécurité | Escalier défectueux, balcon instable, garde-corps défaillant |
Pour un chantier neuf comme pour une rénovation lourde, le lot concerné décide du dossier : la distinction entre gros œuvre et second œuvre aide à situer la responsabilité de chaque intervenant.
Porter plainte, étape par étape
- Réunir le dossier. Contrat ou devis signé, factures, attestation douteuse ou absente, photos des désordres, échanges écrits.
- Mettre en demeure. Un courrier recommandé avec accusé de réception réclame, sous 8 à 15 jours, l’attestation manquante ou la reprise des désordres.
- Déposer la plainte. Au commissariat, en gendarmerie ou par courrier adressé au procureur de la République, en joignant le dossier. Le récépissé sert de preuve de la démarche.
- Faire constater les désordres. En cas d’urgence ou de contestation, le juge des référés peut ordonner une expertise (article 145 du Code de procédure civile). Le rapport chiffre les réparations.
- Engager l’action civile. Si l’amiable échoue, le tribunal judiciaire du lieu de l’immeuble est saisi ; l’avocat devient obligatoire au-delà de 10 000 €.
Garder une trace écrite de chaque échange change le rapport de force : l’entreprise qui répond par message ou par courriel laisse une preuve de ses engagements, et son silence en est une autre. Ces échanges, datés, valent autant que les photos des désordres lorsque l’enquête ou le juge reconstitue la chronologie du chantier.
Pour un chantier situé dans la métropole, le tribunal compétent est celui de Lyon. Un chantier mal réceptionné suit en parallèle la voie décrite dans la page sur la levée de réserves.
Rédiger la mise en demeure
Le courrier recommandé n’a pas besoin d’être long, mais il doit être précis. Il fixe une date, désigne les pièces réclamées et nomme les désordres. Il crée aussi la preuve que l’entreprise a été prévenue.
- L’identité complète de l’entreprise, son SIRET et l’adresse du chantier.
- La référence du devis ou du contrat, et la date d’ouverture du chantier.
- La demande précise : produire l’attestation d’assurance décennale en cours de validité, reprendre les désordres ou arrêter le chantier.
- Un délai ferme, de 8 à 15 jours.
- L’annonce des suites : plainte, expertise, action devant le tribunal.
Les photos et les devis sont joints en copie, jamais en original. Le courrier recommandé et son accusé de réception rejoignent le dossier qui accompagnera la plainte.
Les délais à ne pas laisser filer
Trois délais courent en parallèle, et aucun ne part du même jour. Celui du délit court dès l’ouverture du chantier : six ans, le délai de prescription de droit commun des délits. Il commence avant la réception et avant tout désordre visible, donc mieux vaut ne pas attendre.

| Action | Délai | Point de départ |
|---|---|---|
| Plainte pour défaut d’assurance | 6 ans | Ouverture du chantier |
| Action civile pour préjudice de défaut d’assurance | 5 ans | Jour où le dommage est connu ou aurait dû l’être |
| Responsabilité décennale | 10 ans | Réception des travaux |
La réception fait partir les dix ans : la date du PV de réception devient alors la référence pour la garantie.
Que se passe-t-il après le dépôt de plainte ?
La plainte est transmise au procureur de la République, qui décide de la suite. Il peut faire enquêter, classer l’affaire, proposer une alternative aux poursuites ou citer l’entreprise devant le tribunal correctionnel. Le plaignant est informé de la décision, mais ne la dirige pas.
Plusieurs mois peuvent s’écouler sans nouvelle. Pendant ce temps, les désordres continuent de s’aggraver : le dossier civil et l’expertise ne doivent donc jamais attendre l’issue pénale. Une victime peut aussi se constituer partie civile pour demander réparation devant la juridiction pénale, sur conseil d’un avocat.
Les erreurs qui fragilisent le dossier
- Attendre l’apparition des désordres pour vérifier l’attestation : le délai de prescription pénal court depuis l’ouverture du chantier.
- Se contenter d’une attestation sans en contrôler les dates et l’activité garantie.
- Régler le solde avant d’avoir réceptionné les travaux et levé les réserves.
- Réparer soi-même les désordres avant l’expertise, ce qui détruit la preuve.
- Relancer par téléphone seulement, sans courrier recommandé.
- Négliger les photos datées de l’ouverture du chantier et de l’avancement des travaux.
Un dossier solide se juge sur les dates : ouverture du chantier, réception, première apparition du désordre. Chacune ouvre ou ferme une porte.
Plainte, action civile, dommages-ouvrage : qui paie les travaux ?
Une condamnation pénale punit l’entreprise, elle n’indemnise pas le propriétaire. Pour obtenir des travaux de reprise, il faut une action civile, ou mieux une assurance dommages-ouvrage déjà souscrite.
| Voie | Objectif | Rapidité | Limite |
|---|---|---|---|
| Plainte pénale | Sanctionner l’infraction | Lente | Ne finance aucune réparation |
| Action civile contre l’entreprise | Obtenir la réparation | Lente, expertise souvent nécessaire | Dépend de la solvabilité de l’entreprise |
| Dommages-ouvrage | Préfinancer les réparations décennales | Plus rapide | Doit avoir été souscrite avant l’ouverture du chantier |
La dommages-ouvrage préfinance les travaux sans recherche préalable de responsabilité, puis son assureur se retourne contre l’entreprise. L’entreprise reste présumée responsable des désordres graves pendant dix ans : le maître d’ouvrage n’a pas à prouver une faute, seulement le désordre. Le vrai risque est financier, car une entreprise non assurée est souvent aussi fragile financièrement.
Cas particuliers
Le sous-traitant
Le sous-traitant n’a pas de contrat avec le maître d’ouvrage : le recours repose sur sa responsabilité délictuelle, plus délicate à mobiliser. Il doit pourtant avoir sa propre assurance. Les règles de chaîne sont rappelées dans la page sur la sous-traitance dans le bâtiment.
Le dirigeant de l’entreprise
Quand une société n’a pas souscrit l’assurance obligatoire, la jurisprudence a déjà retenu une faute du dirigeant, détachable de ses fonctions, qui engage sa responsabilité personnelle. Cela ouvre une porte quand la société est insolvable.
L’entreprise liquidée ou disparue
La situation change selon que l’entreprise était assurée ou non. Si elle avait une assurance, le maître d’ouvrage peut agir directement contre l’assureur, même après une liquidation. Sans assurance, aucun assureur ne répond : le recours reste dirigé contre l’entreprise, et son éventuelle insolvabilité rend la réparation incertaine.
La revente du bien
Un propriétaire qui revend dans les dix ans suivant les travaux répond lui-même de la garantie décennale envers l’acheteur. Les travaux non assurés deviennent alors son problème, pas seulement celui de l’entreprise.
Éviter la situation sur un chantier lyonnais
L’attestation se demande avant de signer, et ne se range pas dans un classeur sans être lue. Sur un chantier de la métropole, quelques réflexes évitent d’en arriver à la plainte.
- Exiger l’attestation avec le devis, puis la comparer à l’activité réellement confiée.
- Refuser tout démarrage sans attestation en cours de validité.
- Souscrire la dommages-ouvrage avant l’ouverture du chantier.
- Échelonner les paiements selon l’avancement réel, plutôt que verser un gros acompte.
- Retenir la retenue de garantie jusqu’à la levée des réserves.
Si l’entreprise esquive la question de l’assurance, mettre fin à la relation avant le début des travaux reste possible et reste le choix le moins coûteux.
Questions fréquentes
Peut-on porter plainte sans désordre visible ?
Oui. L’infraction existe dès que le chantier est ouvert sans assurance décennale, même si aucun dommage n’est apparu. Le délai de six ans démarre à l’ouverture du chantier, d’où l’intérêt d’agir sans attendre.
La plainte permet-elle d’être remboursé ?
Non, elle sanctionne l’entreprise sans financer les travaux. Pour une réparation, il faut une action civile, ou la dommages-ouvrage si elle a été souscrite avant le chantier.
Que risque l’entreprise sans assurance décennale ?
Jusqu’à 6 mois d’emprisonnement et 75 000 € d’amende, plus la réparation des désordres sur ses propres fonds. S’y ajoute le risque de faux si une attestation falsifiée a été présentée.
Un auto-entrepreneur doit-il aussi être assuré ?
Oui. L’obligation concerne tout constructeur, quelle que soit sa forme juridique ou la taille de sa structure. Une assurance adaptée à son activité est exigée avant l’ouverture du chantier.
Où déposer la plainte ?
Au commissariat, en gendarmerie, ou par courrier au procureur de la République du lieu du chantier. Joignez le dossier de preuves et gardez le récépissé.
Faut-il un avocat ?
Pas pour déposer plainte. Devant le tribunal judiciaire, l’avocat devient obligatoire pour une demande supérieure à 10 000 €, ce qui est courant dès qu’un désordre touche la structure.
Le délai de six ans vaut-il aussi pour l’action civile ?
Non. L’action civile pour le préjudice de défaut d’assurance se prescrit par cinq ans, à compter du jour où le dommage est connu ou aurait dû l’être. La garantie décennale, elle, s’étend sur dix ans à partir de la réception des travaux.
Que faire si l’entreprise a présenté une fausse attestation ?
Contactez l’assureur indiqué sur le document pour faire confirmer, ou infirmer, l’existence du contrat. Une réponse négative par écrit rejoint le dossier : la plainte vise alors le défaut d’assurance et le faux et usage de faux, qui sont deux infractions distinctes.
Commencez par photographier l’attestation, réunir devis et factures et envoyer la mise en demeure recommandée : ces trois pièces servent à toutes les suites. Déposez ensuite la plainte dans les six ans de l’ouverture du chantier, en parallèle d’une demande d’expertise si les désordres s’aggravent. Un avocat spécialisé en droit de la construction chiffre la réparation et choisit le bon terrain.
Entreprendre Service Public, « Garantie décennale des constructeurs », avec renvoi à l’article L243-3 du Code des assurances. Cette page informe et ne remplace pas l’avis d’un avocat.
