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Conduite de chantier

Levée de réserves : délai, procédure et blocages

Par · 28 septembre 2026 · 8 min de lecture

L’essentiel

Les réserves émises à la réception doivent être levées dans le délai fixé au procès-verbal — le plus souvent quatre-vingt-dix jours. Passé ce délai, le maître d’ouvrage peut mettre en demeure, puis faire exécuter les travaux par un tiers aux frais de l’entreprise. La levée se constate par écrit : sans procès-verbal de levée, les réserves restent ouvertes, et la retenue de garantie reste bloquée.
Je suis maître d’ouvrage

Datez et notifiez tout : c’est la date du procès-verbal qui fait courir le délai, et c’est l’écrit qui rend la mise en demeure possible ensuite.

Je suis l’entreprise réservée

Demandez la levée par écrit dès les travaux terminés. Une reprise réalisée mais non constatée ne débloque ni la garantie ni le solde.

Le délai est dépassé depuis longtemps

La mise en demeure reste le préalable obligatoire avant toute exécution aux frais de l’entreprise. Sans elle, la substitution est contestable.

La réception marque la fin du chantier, mais rarement la fin du dossier. Entre le procès-verbal signé avec réserves et le solde effectivement versé, il s’écoule souvent plusieurs mois — et la plupart des litiges de fin de chantier naissent précisément là.

Qu’est-ce qu’une réserve, exactement ?

Une réserve est une non-conformité ou une malfaçon apparente, constatée au moment de la réception et consignée au procès-verbal. Elle porte sur un ouvrage exécuté : une finition manquante, un défaut de pose, un équipement non conforme au marché.

Trois choses n’en sont pas. Les désordres non apparents à la réception, qui relèvent des garanties légales. Les travaux supplémentaires jamais commandés, qui relèvent d’un avenant. Et les remarques d’usage sans lien avec le marché.

La distinction compte, parce qu’elle détermine le régime applicable : une réserve se lève dans un délai contractuel, un désordre caché se traite au titre de la garantie de parfait achèvement ou de la décennale.

La rédaction du procès-verbal est donc décisive. Une réserve formulée en termes vagues — « peintures à reprendre » — se discute indéfiniment. Une réserve précise — pièce, surface, nature du défaut — se lève ou ne se lève pas.

Comptez quatre-vingt-dix jours dans la plupart des marchés

Élément Repère Point de départ
Délai de levée des réserves Fixé au PV, souvent 90 jours Date de signature du PV de réception
Garantie de parfait achèvement 1 an Date de réception
Libération de la retenue de garantie 1 an après réception Sous réserve que les réserves soient levées
Mise en demeure avant substitution Délai raisonnable à préciser Constat de carence de l’entreprise
Le délai de levée est contractuel, celui de la garantie de parfait achèvement est légal. Les deux courent en parallèle et ne se confondent pas.

Dans les marchés privés, le délai figure au CCAP ou au procès-verbal lui-même. En l’absence de mention, un délai raisonnable s’applique, apprécié au regard de la nature des reprises.

Ce délai ne se suspend pas parce que l’entreprise attend une pièce ou un sous-traitant. Il peut en revanche être prorogé d’un commun accord, à condition que cela soit écrit. Le sous-traité a d’ailleurs sa propre réception et ses propres garanties : voir la sous-traitance dans le bâtiment.

Documents de réception de chantier
Tout se joue sur les écrits : PV de réception, courriers de relance, PV de levée. Un dossier sans trace ne se défend pas.

La procédure, étape par étape

  1. Consigner les réserves au procès-verbal de réception, avec un libellé précis par lot et par localisation.
  2. Notifier le procès-verbal à chaque entreprise concernée, de préférence par lettre recommandée ou remise contre décharge.
  3. Laisser courir le délai, en répondant aux demandes d’accès au chantier : un maître d’ouvrage qui empêche l’accès ne peut pas reprocher le retard.
  4. Constater les reprises sur place, réserve par réserve, en présence de l’entreprise.
  5. Établir un procès-verbal de levée, total ou partiel, daté et signé. Les réserves non levées y sont maintenues explicitement.
  6. Libérer les sommes correspondantes selon ce que prévoit le marché.

La levée partielle est fréquente et parfaitement admise : on lève ce qui est repris, on maintient le reste. C’est même préférable à une levée globale tardive, qui bloque tout le dossier pour une seule réserve.

Ce séquencement s’inscrit dans l’organisation générale de fin de chantier, aux côtés de la répartition des frais communs que nous détaillons dans notre page sur le compte prorata.

Si l’entreprise ne lève pas

La marche à suivre est balisée, et chaque étape conditionne la suivante.

La relance, d’abord, par écrit, en rappelant la date du procès-verbal et la liste des réserves restantes.

La mise en demeure ensuite, en recommandé avec accusé de réception, fixant un délai précis pour intervenir. C’est la pièce indispensable : sans elle, aucune mesure de substitution n’est sécurisée.

L’exécution par un tiers enfin, aux frais et risques de l’entreprise défaillante, une fois la mise en demeure restée sans effet. Les montants correspondants s’imputent sur les sommes encore dues.

Deux précautions s’imposent à cette dernière étape. Faire chiffrer les reprises par une entreprise tierce avant de les engager, pour disposer d’un montant opposable. Et documenter l’état des lieux par photographies datées, avant et après.

En cas de blocage durable, le recours à un expert amiable évite souvent une procédure. C’est aussi ce qui permet de trancher entre une réserve non levée et un désordre relevant d’une autre garantie.

Pourquoi la retenue de garantie reste bloquée

C’est le point qui intéresse le plus les entreprises, et il est souvent mal compris.

La retenue de garantie, prélevée sur chaque situation, est libérée un an après la réception. Mais sa libération suppose que les réserves aient été levées : des réserves ouvertes justifient le maintien de la retenue à hauteur des travaux restants.

Une caution bancaire peut remplacer la retenue, ce qui protège la trésorerie de l’entreprise sans priver le maître d’ouvrage de garantie. C’est le mécanisme que nous détaillons dans notre page sur la retenue de garantie de 5 % et sa libération.

À l’inverse, conserver la totalité de la retenue pour une réserve mineure est abusif. Le montant retenu doit rester proportionné au coût des reprises restantes.

Quelles erreurs bloquent un dossier ?

Des réserves mal rédigées. Sans localisation ni description, elles deviennent indéfendables des deux côtés.

Aucune notification. Un procès-verbal signé mais jamais transmis à l’entreprise ne fait pas courir le délai.

Pas de PV de levée. L’erreur la plus fréquente : les travaux sont faits, personne ne le constate par écrit, et le dossier reste ouvert des mois.

Confondre réserve et désordre caché. Ce qui n’était pas apparent à la réception ne peut pas être ajouté aux réserves après coup.

Bloquer le solde pour un motif sans rapport. Retenir le paiement pour un litige distinct expose le maître d’ouvrage, et déplace le conflit sur son terrain.

Une remarque enfin sur les règles applicables aux établissements recevant du public : certaines non-conformités ne se traitent pas comme de simples réserves, parce qu’elles conditionnent l’ouverture — c’est notamment le cas des points détaillés dans notre page sur l’accessibilité d’un ERP existant.

Quel est le délai pour lever des réserves ?

Celui fixé au procès-verbal de réception, le plus souvent quatre-vingt-dix jours. À défaut de mention, un délai raisonnable s’applique.

La levée doit-elle être écrite ?

Oui. Sans procès-verbal de levée daté et signé, les réserves sont réputées ouvertes, quelles que soient les reprises réalisées.

Peut-on lever une partie des réserves ?

Oui, la levée partielle est courante et recommandée : elle débloque le dossier au fur et à mesure des reprises.

Que faire si l’entreprise ne répond pas ?

Relance écrite, puis mise en demeure en recommandé, puis exécution par un tiers aux frais de l’entreprise. Les trois étapes s’enchaînent dans cet ordre.

Les réserves retardent-elles la garantie décennale ?

Non. Les garanties légales courent à compter de la réception, réserves ou non.

Rédigez des réserves localisées et datées, notifiez-les, et surtout établissez un procès-verbal de levée à chaque reprise constatée. C’est ce document, et lui seul, qui clôt le dossier et libère les sommes.

Source

Agence Qualité Construction, ressources sur la réception des travaux et les garanties : réserves, garantie de parfait achèvement et retenue de garantie, consultées le 22 septembre 2026.

En marché d’entreprise générale, les réserves se notifient à un seul interlocuteur : voir son rôle exact.

Portrait de Sylvain Chomarat
Conducteur de travaux puis maître d'œuvre

Quinze ans de réunions de chantier dans la métropole de Lyon. Ce carnet reprend ce que je répète à chaque opération.

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Publié le 22 septembre 2026 · dernière vérification le 28 septembre 2026.