Le déboursé sec correspond à l’ensemble des coûts directs d’un chantier : la main-d’œuvre qui le réalise, les matériaux qui y entrent et le matériel qu’on y utilise. Il n’inclut ni les frais généraux de l’entreprise ni la marge. C’est la base de tout chiffrage dans le bâtiment : un prix de vente ne se fixe qu’en partant de lui.
Cette page présente la méthode en gros œuvre comme en second œuvre, avec les formules et les exemples chiffrés relevés le 13 octobre 2026 dans plusieurs guides de chiffrage. Elle complète la lecture d’un bordereau de prix, où chaque prix unitaire se construit sur un déboursé sec.
Qu’est-ce que le déboursé sec ?
Dans le bâtiment, le déboursé sec désigne toutes les dépenses nécessaires à l’exécution d’un ouvrage, sans compter la marge à dégager. Sage le formule ainsi : le coût total des dépenses directes, qui exclut les coûts indirects, les marges commerciales et les imprévus. Renalto va plus loin : le déboursé sec regroupe tous les coûts qui n’existent que parce que le chantier existe.
Il se distingue du prix de revient, qui lui ajoute les frais généraux, et du prix de vente, qui ajoute encore la marge. La Fédération française du bâtiment le résume en deux phrases : le prix de revient est composé du déboursé sec (coût des matériaux et de la main-d’œuvre) auquel s’ajoutent les frais généraux de l’entreprise ; le prix de vente est égal au prix de revient augmenté d’une marge bénéficiaire.

Les trois postes du déboursé sec
- La main-d’œuvre : le taux horaire chargé multiplié par le nombre d’heures. Imaago raisonne en temps unitaire, par exemple 0,5 heure par mètre carré de voile.
- Les matériaux : béton, acier, granulats en gros œuvre ; carreaux, colle, joints en second œuvre. Les quantités tiennent compte des chutes.
- Le matériel : engins, échafaudages, coffrage, petits consommables. Il se chiffre à l’amortissement interne ou au tarif de location, d’après Imaago.
Le déboursé sec s’applique aussi bien au gros œuvre qu’au second œuvre : la méthode est la même, seuls les quantités et les temps changent.
Calculer un déboursé sec, étape par étape
- Découpez l’ouvrage en unités simples : m³ de béton, m² de coffrage, m² de carrelage.
- Calculez les quantités par un métré précis, avec une marge pour les chutes.
- Chiffrez la main-d’œuvre : temps unitaire multiplié par les quantités, puis par le taux horaire chargé.
- Chiffrez les matériaux et le matériel.
- Additionnez : taux horaire × heures + matériaux + matériel = déboursé sec.
L’exemple d’Obat est simple : un carreleur pose 5 m² de faïence dans une cuisine, à 33 €/h sur une journée de 7 heures, avec des carreaux à 50 €/m². Le calcul donne 7 × 33 + 5 × 50 = 481 €. Sage propose un autre exemple, avec 2 000 € de matériaux, 2 500 € de main-d’œuvre et 500 € de matériel, soit 5 000 € de déboursé sec.
Du déboursé sec au prix de vente
Deux coefficients suffisent. Le premier couvre les frais généraux : loyer du local, assurances, téléphone, salaires administratifs, amortissements. Obat précise qu’ils peuvent s’exprimer en coefficient ou en pourcentage et que le comptable les calcule d’après l’exercice précédent. Le second est le coefficient de marge, qui inclut les aléas.
Les formules sont celles d’Obat : prix de revient = déboursé sec × coefficient de frais généraux ; prix de vente HT = prix de revient × coefficient de marge. Avec 33 % de frais généraux et 30 % de marge, la faïence passe de 481 € à 639,73 € de prix de revient, puis à 831,65 € HT.
| Ouvrage | Main-d’œuvre | Matériaux | Matériel | Déboursé sec | × 1,33 = prix de revient | × 1,30 = prix de vente HT |
|---|---|---|---|---|---|---|
| Pose de faïence, 5 m² | 231 € | 250 € | 0 € | 481 € | 639,73 € | 831,65 € |
| Remplacement d’un tableau électrique | 225 € | 280 € | 0 € | 505 € | 671,65 € | 873,15 € |
| Création d’une ouverture de 1 m² | 380 € | 120 € | 80 € | 580 € | 771,40 € | 1 002,82 € |

Les ordres de grandeur varient selon les guides. Le simulateur d’Obat indique que les frais généraux se situent généralement entre 25 et 40 % chez un artisan indépendant. Pour la marge, Obat cite 20 à 30 % dans le texte, B2O parle de 20 à 25 % pour la plupart des entreprises, et le simulateur propose 15 à 30 % selon l’activité.
Pourquoi les sources ne donnent pas la même part
Un lecteur qui compare plusieurs guides tombe sur des chiffres incompatibles : Imaago évoque un ratio 80-15-5, Obat des coefficients de 1,33 et 1,30, Renalto des pourcentages de 15 % et 12 %. Ces trois conventions ne se mesurent pas sur la même base.
| Convention | Frais généraux | Marge | Part du déboursé sec dans le prix de vente |
|---|---|---|---|
| Imaago (part du prix de vente) | 15 % (avec frais de chantier) | 5 % | 80 % |
| Renalto (pourcentage sur le déboursé sec, puis sur le prix de revient) | 15 % : 229 € | 12 % : 211 € | 1 525 / 1 965, soit 77,6 % |
| Obat (coefficients multiplicateurs) | × 1,33 | × 1,30 | 481 / 831,65, soit 57,8 % |
La différence est de lecture, pas de rigueur. Les deux coefficients d’Obat se multiplient : 1,33 × 1,30 = 1,729, donc le déboursé sec n’est que 58 % du prix de vente. Le ratio 80-15-5 d’Imaago correspond à un coefficient global de 1,25. Un coefficient de marge de 1,30 se traduit par une marge nette de 23 % du prix de vente, ce que le simulateur d’Obat affiche. Avant de reprendre un coefficient trouvé dans un guide, demandez-vous donc s’il s’applique au déboursé sec, au prix de revient ou au prix de vente.
Un voile béton chiffré en gros œuvre
Imaago déroule un cas de gros œuvre : 350 mètres linéaires de voile en béton armé, de 2,80 m de hauteur et 0,20 m d’épaisseur, avec un béton à 100 €/m³ rendu chantier, un ratio d’acier de 40 kg/m³, un temps unitaire de 0,5 heure par mètre carré de voile et un coût horaire chargé de 35 €. Pour aller plus loin, le joint de dilatation dans une dalle béton montre comment un ouvrage de gros œuvre se découpe en tronçons dès l’étude.
| Poste | Calcul | Résultat |
|---|---|---|
| Volume de béton | 350 × 2,80 × 0,20 | 196 m³ |
| Coût du béton | 196 m³ × 100 € | 19 600 € |
| Acier | 196 m³ × 40 kg | 7 840 kg (7,8 t) |
| Surface de coffrage | 350 × 2,80 × 2 faces | 1 960 m² |
| Heures de main-d’œuvre | 1 960 m² × 0,5 h | 980 h |
| Coût de la main-d’œuvre | 980 h × 35 € | 34 300 € |

Ce que le tableau permet de lire : en additionnant le béton et la main-d’œuvre, on atteint 53 900 €, soit environ 275 €/m³ de béton ou 154 € par mètre linéaire. Il manque encore le prix de l’acier, le coffrage (amortissement ou location) et la grue, que le guide ne chiffre pas ici. C’est le temps unitaire qui pèse : 0,5 h par m² de coffrage fait peser 34 300 € sur un seul poste, plus que le béton lui-même. Pour aller plus loin, comment choisir et mettre en œuvre une banche aide à comprendre ce poste de coffrage.
Les dépenses communes à plusieurs entreprises d’un même chantier se répartissent, elles, dans le compte prorata.
Frais de chantier : dans le déboursé sec ou à côté ?
Les guides ne traitent pas tous de la même manière la base de vie, le gardiennage ou l’encadrement du chantier. Imaago les sépare du déboursé sec sous le nom de frais de chantier, qui avec les frais généraux forment les 15 % de son ratio. Renalto, de son côté, range dans le déboursé sec tout ce qui n’existe que parce que le chantier existe, ce qui inclut naturellement ces postes.
Aucune des deux lectures n’est fausse, mais elles ne se mélangent pas : un coefficient de frais généraux de 15 % calculé sans les frais de chantier ne s’applique pas à un déboursé sec qui les contient déjà. Choisissez une règle, notez-la dans votre méthode de chiffrage, et appliquez-la à tous vos devis. Sur un chantier traité avec plusieurs intervenants, la même question se pose dans la sous-traitance : le prix d’un sous-traitant est un coût direct du chantier pour l’entreprise qui le paie.
Le taux horaire et la chute, deux pièges de chiffrage
Beaucoup d’artisans calculent leur taux horaire en divisant le salaire souhaité par 35 heures. Obat rappelle ce que cette méthode oublie : charges patronales, congés payés, jours fériés, heures non productives comme les déplacements, les réunions ou les pannes. Un maçon qui s’estime à 30 €/h sans ces éléments peut en réalité dépasser 45 €/h.
Le deuxième piège est la quantité. Dans l’exemple de Renalto, la pose de carrelage sur 30 m² exige 33 m² de carreaux, soit 10 % de chute, à 22 €/m² : 726 € de carreaux. Le déboursé sec total s’élève à 1 525 € (930 € de matériaux et 595 € de main-d’œuvre), le prix de vente HT à 1 965 €. Renalto précise que la méthode ne prévoit pas de réserve spécifique pour les aléas : tout repose sur les hypothèses de celui qui chiffre.
Imaago conseille d’affiner le temps unitaire d’après les historiques de projets de gros œuvre plutôt qu’avec une valeur théorique. Dans l’exemple du voile, passer de 0,5 à 0,45 h par mètre carré ferait économiser 98 heures, soit 3 430 € à 35 €/h.
Les erreurs qui faussent le résultat
- Mal estimer son taux horaire, en oubliant les heures non productives.
- Oublier de prévoir une marge pour les pertes de matériaux, comme les 10 % de chute du carrelage.
- Confondre déboursé sec et coût de revient, c’est-à-dire oublier d’ajouter les frais généraux.
- Appliquer un coefficient lu dans un guide sans vérifier sur quelle base il se calcule.
- Refaire les calculs de zéro à chaque devis plutôt que de les réutiliser d’un chantier à l’autre.
Les bibliothèques de prix, comme Batichiffrage, donnent des déboursés secs moyens par ouvrage et par département, mis à jour chaque année, avec des temps établis par un bureau d’étude, selon Obat. Ce sont des repères de départ : vos temps et vos taux horaires restent les vôtres.
Le déboursé sec sert aussi à vérifier un devis reçu. Un prix de lot dont le matériel et la main-d’œuvre sont impossibles à retrouver mérite une question avant de signer. Pour les marchés conclus avec des acheteurs publics, la retenue de garantie de 5 % s’applique ensuite sur le prix, pas sur le déboursé sec.
Questions fréquentes
Quelle est la formule du déboursé sec ?
Taux horaire × heures + matériaux + matériel. Le résultat exclut les frais généraux et la marge, comme l’indiquent Obat et Sage.
Quelle différence entre déboursé sec et prix de revient ?
Le prix de revient ajoute au déboursé sec les frais généraux de l’entreprise : il est égal au déboursé sec multiplié par le coefficient de frais généraux, par exemple 1,33.
Comment passer du déboursé sec au prix de vente ?
On multiplie le déboursé sec par le coefficient de frais généraux, puis par le coefficient de marge. Avec 1,33 et 1,30, un déboursé sec de 481 € donne un prix de vente de 831,65 € HT.
Quel taux de marge appliquer dans le bâtiment ?
Les guides citent 20 à 30 % (Obat), 20 à 25 % (B2O) ou 15 à 30 % selon l’activité (simulateur d’Obat). Le choix dépend du chantier et de vos frais.
Le déboursé sec concerne-t-il le gros œuvre ?
Oui, la méthode est la même qu’en second œuvre. Imaago l’illustre avec un voile béton de 350 mètres : 196 m³ de béton, 1 960 m² de coffrage, 980 heures de main-d’œuvre.
Les frais de chantier sont-ils compris dans le déboursé sec ?
Cela dépend de la méthode : Imaago les isole, Renalto y range tous les coûts qui n’existent que par le chantier. Fixez la règle une fois pour toutes dans votre chiffrage.
Passer à son propre chiffrage
Reprenez votre dernier devis, listez séparément main-d’œuvre, matériaux et matériel, et calculez votre déboursé sec ouvrage par ouvrage. Notez ensuite sur quelle base se calcule chacun de vos coefficients : c’est cette précision, bien plus que le pourcentage choisi, qui évite de travailler à perte.
Fédération Française du Bâtiment, Prix de revient : calculer votre juste prix : prix de revient = déboursé sec + frais généraux, prix de vente = prix de revient + marge.
