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Urbanisme et normes

Garantie décennale : comment elle fonctionne, pas à pas

Par · 28 octobre 2026 · 12 min de lecture

La garantie décennale s’applique pendant dix ans à compter de la réception, sans que le propriétaire ait à prouver une faute, pour les dommages qui compromettent la solidité de l’ouvrage ou le rendent impropre à sa destination. Elle s’ajoute à la garantie de parfait achèvement (1 an) et à la biennale (2 ans). La dommages-ouvrage préfinance les réparations, avec une réponse de l’assureur sous 60 jours.

La garantie décennale fonctionne en trois temps : elle naît le jour de la réception des travaux, couvre pendant dix ans les dommages qui compromettent la solidité de l’ouvrage ou le rendent impropre à sa destination, puis s’éteint sans prolongation. Elle pèse sur tous les constructeurs, sans que le propriétaire ait à prouver une faute. Elle se distingue de la garantie de parfait achèvement (1 an) et de la garantie biennale (2 ans), qui couvrent d’autres désordres.

Le principe : une responsabilité de plein droit

La règle est posée par l’article 1792 du Code civil. Tout constructeur d’un ouvrage est responsable de plein droit, envers le maître d’ouvrage ou l’acquéreur, des dommages qui compromettent la solidité de l’ouvrage ou qui le rendent impropre à sa destination. Deux mots comptent : « de plein droit » et « impropre à sa destination ».

« De plein droit » signifie que le propriétaire n’a pas à démontrer une faute. Il lui suffit d’établir le dommage et le lien avec les travaux. Le constructeur ne se dégage qu’en prouvant une cause étrangère : force majeure, faute du maître d’ouvrage, fait d’un tiers.

« Impropre à sa destination » vise les désordres qui empêchent d’habiter ou d’utiliser normalement : infiltrations dans les logements, fissures qui font perdre l’étanchéité, chauffage défaillant dans une construction neuve. Un simple défaut d’aspect n’entre pas dans ce cadre.

Trois garanties, trois durées

La décennale est la plus connue, mais elle s’inscrit dans un ensemble de trois garanties légales qui partent toutes de la même date : la réception.

Garantie Durée Ce qu’elle couvre Qui répond
Parfait achèvement 1 an Tous les désordres signalés, y compris mineurs L’entrepreneur
Bon fonctionnement (biennale) 2 ans Équipements dissociables : volets, radiateurs, robinetterie L’entrepreneur, le fabricant
Décennale 10 ans Solidité de l’ouvrage, impropriété à la destination Tous les constructeurs
Les trois garanties légales du constructeur, leur durée et ce qu’elles couvrent après la réception.
Frise des trois garanties légales après la réception : parfait achèvement 1 an, biennale 2 ans, décennale 10 ans
Les trois garanties partent du même jour : celui de la réception des travaux.

Le point de départ est donc le procès-verbal. Sans lui, les délais n’ont pas de date certaine. L’article sur le PV de réception de chantier détaille ce qu’il engage, et celui sur la levée des réserves explique ce qui se passe quand des défauts sont notés ce jour-là.

Quels dommages et quels ouvrages sont couverts ?

Sont couverts les dommages qui touchent les fondations, l’ossature, la charpente, le clos et le couvert, ainsi que les éléments d’équipement indissociables du bâti : canalisations encastrées, chauffage au sol, menuiseries scellées. Une infiltration qui traverse une toiture-terrasse, un affaissement de dallage, des fissures structurelles, une isolation défaillante qui rend un logement inhabitable relèvent typiquement de la décennale. Pour aller plus loin, la note de calcul signée par un ingénieur structure détaille le document qui engage ce signataire sur l’ossature.

À l’inverse, la décennale ne couvre pas :

  • les défauts d’aspect (peinture, joints, rayures) ;
  • l’usure normale et le défaut d’entretien ;
  • les équipements dissociables, qui relèvent de la biennale ;
  • les dommages causés par un événement extérieur ou une modification faite par le propriétaire ;
  • les désordres qui n’affectent ni la solidité, ni l’usage.

Entre les deux, la jurisprudence admet des dommages dits « intermédiaires », qui n’atteignent pas la gravité de la décennale. Ils relèvent de la responsabilité contractuelle de droit commun, ce qui impose cette fois de prouver une faute. Pour aller plus loin, porter plainte contre un constructeur non assuré détaille la voie pénale, ses délais et ce qu’elle ne rembourse pas.

Désordres typiques et garantie applicable

Dans la pratique, la frontière se discute au cas par cas, mais quelques désordres reviennent très souvent. Le tableau ci-dessous donne le classement habituel, sous réserve de l’appréciation d’un expert.

Désordre constaté Garantie en jeu Pourquoi
Fissure traversante sur un mur porteur Décennale Atteinte à la solidité
Infiltration d’eau en toiture-terrasse Décennale Ouvrage impropre à sa destination
Chaudière qui tombe en panne à 18 mois Biennale Équipement dissociable
Porte qui ferme mal après 8 mois Parfait achèvement Défaut signalé dans l’année
Joint de carrelage qui se fissure Aucune ou intermédiaire Défaut d’aspect, sans atteinte à l’usage
Isolation inefficace rendant le logement inhabitable Décennale Impropriété à la destination
Six désordres fréquents et la garantie qui s’y applique en principe.
Quatre désordres types et la garantie qui s’applique : fissure porteuse (décennale), chaudière (biennale), porte (parfait achèvement), joint de carrelage (aucune)
Quelle garantie pour quel désordre : quatre exemples courants.

En cas de doute, un expert indépendant tranche. Son rapport sert aussi bien devant l’assureur que devant un juge, d’où l’intérêt de ne rien réparer avant sa visite.

Qui doit répondre : constructeurs, sous-traitants, vendeurs

La garantie pèse sur chaque personne liée au maître d’ouvrage par un contrat de louage d’ouvrage : architecte, entrepreneur, maître d’œuvre, bureau d’études, contrôleur technique et promoteur-vendeur. Le sous-traitant n’a pas de contrat avec le propriétaire : sa responsabilité est engagée par l’entrepreneur principal, ou en dehors de tout contrat s’il a commis une faute. Les règles du régime de sous-traitance dans le bâtiment précisent ce partage.

Quand les travaux sont confiés à une entreprise générale, c’est elle qui répond de l’ensemble envers le propriétaire, même si elle a confié certains lots à d’autres entreprises.

Intervenant Responsable envers le propriétaire Doit être assuré
Entrepreneur Oui, de plein droit Oui, assurance décennale
Architecte, maître d’œuvre Oui, de plein droit Oui
Bureau d’études, contrôleur technique Oui, dans leur mission Oui
Sous-traitant Non, en principe : voie par l’entrepreneur Recommandé, souvent exigé
Vendeur après achèvement Oui, comme un constructeur Oui
Qui répond de la décennale et qui doit en justifier par une assurance.

Cette obligation d’assurance est prévue par l’article L241-1 du Code des assurances. Pour savoir comment vérifier qu’un artisan est bien couvert, voir le contenu et les contrôles de l’attestation d’assurance décennale.

La dommages-ouvrage : le préfinancement des réparations

L’assurance décennale protège le propriétaire en cas de sinistre, mais seulement après qu’une responsabilité a été établie, ce qui peut durer des années. La dommages-ouvrage inverse la logique : le maître d’ouvrage la souscrit lui-même, avant l’ouverture du chantier, et son assureur préfinance les réparations sans attendre de savoir qui est responsable. L’assureur se retourne ensuite contre les constructeurs.

Elle est obligatoire pour toute personne qui fait construire, y compris pour son propre usage (article L242-1 du Code des assurances). Le défaut de souscription expose les professionnels à des sanctions pénales et complique la revente pour tous : un notaire exige généralement l’attestation dommages-ouvrage lors de la vente d’un bien de moins de dix ans.

Que faire en cas de désordre : la procédure pas à pas

Frise de la procédure dommages-ouvrage : constat, déclaration recommandée, réponse sous 60 jours, offre sous 90 jours
La procédure dommages-ouvrage, de la constatation du désordre à l’offre d’indemnité.
  1. Constatez le désordre et documentez-le : photos datées, mesures, courriers.
  2. Déclarez le sinistre à l’assureur dommages-ouvrage par lettre recommandée avec accusé de réception, sans attendre. Le Code des assurances (article L113-2) interdit aux contrats de fixer un délai de déclaration inférieur à cinq jours ouvrés ; relisez celui de votre police.
  3. L’assureur dispose de 60 jours à compter de la réception de la déclaration pour notifier sa décision sur le principe de la garantie.
  4. S’il l’accepte, il doit proposer une offre d’indemnité dans un délai de 90 jours à compter de la déclaration.
  5. Une fois l’offre acceptée, le paiement est dû dans un délai de 15 jours, puis la réparation peut commencer.

Si l’assureur ne respecte pas ces délais, la loi permet au propriétaire de faire exécuter les travaux et de lui en réclamer le coût. Parallèlement, une action contre l’entrepreneur doit être engagée avant l’expiration des dix ans, sinon le droit est perdu.

Vente du bien et garantie qui suit la maison

La garantie est attachée à l’ouvrage et non à la personne. Quand le propriétaire revend dans les dix ans, l’acquéreur bénéficie de la garantie pour le temps restant, ainsi que de la dommages-ouvrage. C’est pour cette raison que les actes de vente mentionnent la date de réception, les entreprises intervenantes et leurs assureurs, et que les propriétaires gardent le PV, les attestations et les factures dans un dossier. Pour les opérations lyonnaises, ce dossier se rattache aussi aux pièces du permis ; voir le permis de construire à Lyon.

Pièce à conserver Pourquoi Durée de conservation
Procès-verbal de réception Date de départ des garanties 10 ans et plus
Attestations d’assurance décennale Identifier l’assureur concerné 10 ans et plus
Contrat de dommages-ouvrage Déclarer un sinistre 10 ans et plus
Factures et devis Prouver les travaux réalisés 10 ans et plus
Plans et DOE Localiser les réseaux et la structure Durée de vie du bien
Les cinq pièces à garder dans un dossier de garantie, et leur utilité.

Les dix ans : point de départ, interruption et fin

Le délai court à compter de la réception. Si des réserves ont été émises, la décennale ne les couvre pas, puisque le défaut était connu : elles relèvent de la garantie de parfait achèvement. La décennale protège des vices apparus ensuite, ou cachés au moment de la réception.

Le délai de dix ans ne se prolonge pas de lui-même. Il peut cependant être interrompu par une action en justice, y compris une demande d’expertise en référé. Toute personne confrontée à un désordre proche de la fin du délai gagne à agir tôt et à demander conseil à un avocat ou à une association spécialisée. Passé les dix ans, il ne reste plus que la responsabilité de droit commun.

Un cas particulier mérite d’être connu : lorsque l’ouvrage est réceptionné par tranches, chaque tranche a sa propre réception et donc son propre point de départ. Les chantiers lyonnais en plusieurs bâtiments suivent souvent cette logique.

Garantie décennale et retenue de garantie : ne pas confondre

La retenue de garantie est une somme retenue sur le prix des travaux, généralement 5 %, pour garantir la levée des réserves émises à la réception. Elle est libérée au bout d’un an. La décennale, elle, est une responsabilité légale de dix ans, assurée auprès d’un assureur. Les deux ne se remplacent pas. L’article sur la retenue de garantie à 5 % détaille la mécanique de libération.

Les erreurs qui coûtent cher

  • Réceptionner sans procès-verbal : les délais n’ont plus de départ clair.
  • Ne pas déclarer un désordre à temps, par courrier recommandé.
  • Accepter une attestation périmée ou sans la bonne activité.
  • Faire modifier l’ouvrage avant l’expertise, ce qui détruit la preuve.
  • Laisser passer dix ans sans engager d’action : la garantie s’éteint.

Sur un chantier lancé à Lyon, le maître d’ouvrage qui garde ses pièces et vérifie ses attestations avant l’ouverture évite la plupart de ces pièges.

Questions fréquentes

La garantie décennale démarre-t-elle à la fin des travaux ou à la réception ?

À la réception, c’est-à-dire à la date du procès-verbal, avec ou sans réserves. La simple fin des travaux ne suffit pas : sans réception, la décennale ne court pas.

La décennale couvre-t-elle les travaux de rénovation ?

Oui, dès lors que les travaux constituent un ouvrage ou touchent la solidité ou la destination d’un ouvrage existant. Un simple embellissement n’est pas couvert.

Que se passe-t-il si l’entreprise a fermé ?

La garantie reste due : le propriétaire se retourne vers l’assureur décennale de l’entreprise, dont l’attestation indique le contrat. La dommages-ouvrage évite de dépendre de cette recherche.

La décennale est-elle transmise à l’acheteur ?

Oui. Elle est attachée à l’ouvrage, et le nouveau propriétaire en bénéficie jusqu’au terme des dix ans.

Un particulier qui fait construire doit-il souscrire une dommages-ouvrage ?

Oui, avant l’ouverture du chantier, même pour sa propre résidence. Son absence complique la revente et expose les professionnels à des sanctions.

Peut-on être garanti plus de dix ans ?

Non, la garantie légale ne se prolonge pas. Passé ce délai, il reste une responsabilité de droit commun, plus difficile à engager.

Avant d’ouvrir un chantier, demandez à chaque entreprise son attestation, souscrivez la dommages-ouvrage, puis rangez le PV de réception dans le même dossier. Cette habitude de dix minutes protège dix ans.

Source

Légifrance, Code civil, articles 1792 à 1792-6 : responsabilité et garanties des constructeurs ; Code des assurances, articles L241-1 et L242-1 : assurances obligatoires.

Portrait de Sylvain Chomarat
Conducteur de travaux puis maître d'œuvre

Quinze ans de réunions de chantier dans la métropole de Lyon. Ce carnet reprend ce que je répète à chaque opération.

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Publié le 8 octobre 2026 · dernière vérification le 28 octobre 2026.